Même s'il met en scène une invasion mondiale de morts-vivants, ce « roman » n'est pas horrifique. Il s'agit
davantage d'une étude géopolitique de notre planète ainsi qu'une œuvre ambitieuse d'anticipation – du moins, de fausse anticipation puisque le zombie n'est qu'un concept ; n'importe quel
fléau mondial susceptible de tout démolir est valable. J'ai beaucoup pensé à « Ravages » de Barjavel, d'ailleurs, en lisant ce bouquin.
Max Brooks connaît son sujet. Les zombies n'ont aucun secret pour lui. C'est un vrai plaisir de les suivre dans leur quotidien, et d'observer les méthodes de survie des vivants face à eux. En dehors de cela, j'ai eu le sentiment qu'il avait mené un vrai boulot d'investigation, sur l'Histoire, les moyens techniques de diverses professions. Je n'ai pas eu le sentiment de lire des aventures totalement fictives. Certains passages paraissent au contraire documentaires. Le travail est sérieux, crédible.
Cet ouvrage n'est pas linéaire. Il s'agit d'un ensemble d'interviews, dont le seul lien finalement, est l'intervieweur. Le type qui a regroupé ces témoignages l'a fait pour la postérité, pour conserver la mémoire de cette époque trouble où les morts se sont levés. On peut donc y voir un roman ou un ensemble de nouvelles tournant autour de la même intrigue. En tout cas, c'est passionnant et ça se lit tout seul, car Max Brooks sait écrire. Son style, assez familier, puisqu'il s'agit de langage parlé, est d'une fluidité remarquable. C'est un vrai plaisir de lecture. Dans le fond, je l'ai dit, il y a beaucoup à apprendre sur certaines professions, l'armée, les plongeurs, les maîtres-chiens, j'en passe c'est trop riche pour être listé, et l'aspect anticipation apporte son lot d'analyses particulièrement savoureuses. Ma préférée concerne les compétences. C'est vrai, imaginez que le monde s'effondre et qu'il faille le reconstruire. Que vaudrait les talents de nos stars de la télé, les techniciens du divertissement, les acteurs, les bureaucrates ? Plus grand chose. Un plan de formation serait indispensable ! Les pointes d'ironies abondent, entre des passages plus sérieux, voire des études psychologiques.
World War Z est donc riche, ambitieux et intelligent.
Pourtant, en refermant le bouquin, je me suis senti frustré. Beaucoup de questions restent sans réponse. La guerre contre les zombies est marquée par des événements majeurs, des batailles homériques, des retournements de situation. Ces événements sont évoqués dans les interviews, jamais racontés. Le lecteur ne sait pas réellement ce qui s'est passé. Il doit combler les trous lui-même. De ce fait, j'ai eu le sentiment de survoler l'intrigue principale, au profit d'une masse d'informations disparates apportées par divers intervenants. Pour être franc, cet ouvrage serait une matrice annonçant de futurs romans, axés sur différents épisodes de cette guerre, dont certains sont juste évoqués au détour d'une phrase, je n'en serais pas étonné une seule seconde.
Autre bémol, la conclusion de ce roman est 100% amerloque, et ça gonfle un peu. On aurait pu s'attendre à un final moins manichéen.
En tout cas, World War Z est un œuvre consistante, plaisante à lire, à déguster à toute heure de la journée...