Le festival du film fantastique de Gérardmer, Fantastic’Art, s’est déroulé du 27 janvier au 31 janvier 2010.
Cette année, il fut honoré par la neige, qui tomba du jeudi au dimanche presque sans discontinuer. Avec quelques
éclaircies, soyons honnêtes. Bref, la neige, ça vaut mieux que la pluie quand on est dans les files d’attentes. Donc, d’un point de vue technique, c’était plutôt un bon cru.
Les films ? Quoi, les films ?
Oui, d’accord. 8 films étaient en compétition cette année, pour la 17ème édition du festival. Pour
vous situer l’ambiance, un intermittent du spectacle, qui a connu l’époque Avoriaz, m’a expliqué que le festival irait jusqu’à sa 20ème année, pas au-delà… avis au financeurs, s’il y en a qui
passent par là…
Bref, Fantastic’Art n’est pas un festival bling-bling, un festival qui sent le fric à plein nez, loin de là. On peut
s’en réjouir (et je m’en réjouis, d’un point de vue personnel) mais on peut aussi le déplorer, car ce que m’a raconté l’intermittent du spectacle (Chaplin pour ceux qui l’ont vu dans certains
cafés) pourrait bien se produire… la ville est de moins en moins animée, les esquimaux offerts à chaque entrée sont de plus en plus petits, les invités de plus en plus inconnus… ça sent le
sapin !
Le jury cinéma était composé de Valérie Benguigui, Douglas Buck, Stanislas Merhar, David Moreau, Xavier Palud, Anne
Parillaud, Linh-Dan Pham, Florent Emilio Siri – vous les connaissez tous, n’est-ce pas ? Pour tout dire, moi qui ait assisté à toutes les séances où le jury était convié, je n’ai pas vu
l’ombre d’une de ces têtes…
Par contre, j’ai vu le président, MONSIEUR John Mc Tiernan, c’est bien le seul. Les autres étaient peut-être là, je
n’en saurais jamais rien…
Bref…
Les films étaient-ils bons ? Dans l’ensemble, ils n’étaient pas mauvais, c’est déjà ça. Nous avons évité les
slashers à la mord-moi-le-nœud, les survivals à la mord-moi-le-nœud, les fantômes bridés aux cheveux longs à la mord-moi-le-nœud, ce qui n’est déjà pas si mal…
Par contre, nous n’avons assisté à aucune révolution, aucune remise en question du genre, aucun coup de cœur
particulier, aucun prélude à une vague comme il y en a eu il y a quelques années pour les japonais, coréens et autres espagnols… non, rien de tout cela.
Fantastic’Art 2010 marque la fin de plusieurs vagues, et ne donne aucune perspective sur l’avenir, ce qui peut être
une bonne ou une mauvaise chose, en fonction des sensibilités de chacun…
Je me souviens, il y a quelques années, les fantômes asiatiques, les survivals, les espagnolades avaient le vent en
poupe, et se permettaient de revisiter les genres de ciné fantastique ou thriller sans grande révolution, mais avec une efficacité rafraîchissante.
Cette année, nous assistons plutôt à une fin de cycle, à la mort de ces vagues lucratives, d’un point de vue
commercial et aussi artistique … celle des films de spectres asiatiques et de fantômes intimistes espagnols…
Cette année, sur 8 films en compétition, nous comptons 5 premiers films, signe que les réalisateurs accomplis ne
comptent pas sur Gérardmer pour se trouver un public et une consécration… ce n’est peut-être pas plus mal, si les films sont bons. Et comme je l’ai déjà dit, les films ne sont pas mauvais, pas du
tout.
Mais quels étaient les films en compétition, me demandez-vous ?
Les voici :
5150, rue des Ormes, de Eric Tessier (Québec)
Amer, de Hélène Cattet et Bruno Forzani (France)
Hierro, de Gabe Ibanez (Espagne)
La Horde, de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (France)
Les témoins du mal, de Elio Quiroga (Espagne)
Moon, de Duncan Jones (Angleterre)
Possessed, de Lee Yong-Ju (Corée du Sud)
The Door, de Anno Saul (Allemagne)
Cette sélection a un grand mérite, elle est très éclectique.
Difficile de faire le lien entre ces longs métrages tellement ils sont différents (avec peut-être une petite nuance
pour les deux espagnols, qui peuvent présenter des ressemblances, mais uniquement thématiques…)
Bref, il y en avait pour tous les goûts dans le genre…
Avec une petite polémique, autour de certains films.
Une réaction que je pensais révolue, morte avec le twist, mais qui s’est réveillée à l’occasion de certaines
projections, notamment celle de Hierro…
Autant cracher le morceau de suite, prise au 1er degré l’intrigue de Hierro n’est pas surnaturelle. Donc,
certains dans la salle ont crié au scandale et ont regretté la présence de ce film en compétition. Auraient-ils oublié les précédents ? Ce n’est pas nouveau qu’un film psychologique soit
présenté comme un film fantastique, je pourrais en citer des centaines, des milliers…
Bref le débat était stérile, et j’ai également entendu pas mal de réserves sur l’opportunité de présenter Amer en
compétition. Ok, Amer s’avouait d’emblée comme un hommage aux Giallos des années 70 (surtout ceux d’Argento) et donc faisait preuve d’un manque d’originalité thématique flagrant ; mais
pourquoi lui refuser le droit de figurer en compétition, alors qu’il présente une approche du genre particulièrement personnelle et déroutante ? Amer est-il un giallo ? Je serais tenté
de dire que non, et pourtant, il rend bien hommage au genre. Alors, Ok, le film vaut davantage pour sa technique que pour le plaisir de visionnage du spectateur, mais je trouve justifié de
l’avoir mis en compétition.
Donc, parmi les 8 films en compétition, 5 ont obtenu un prix :
- Grand prix pour The Door de Anno Saul
- Prix du Jury pour Moon, de
Duncan Jones
- Prix de la Critique pour Moon
- Prix du Jury Jeunesse de la région Lorraine, pour Possessed
- Prix du Public Est-Républicain-Vosges Matin, pour 5150, rue des
Ormes
- Prix du Jury Syfy Universal pour La Horde
Personnellement, je suis plutôt satisfait de ce palmarès.
Voici les films présentés hors compétition :
- Dans ton sommeil, de
Caroline et Eric du Potet (France)
- Cargo, de Ivan Engler
(Suisse)
- Doghouse, de Jake West
(Angleterre)
- Halloween 2, de Rob Zombie
(Etats-Unis)
- Jeannot l’intrépide, de
Jean Image (France)
- Metropolia, de Tarik Saleh
(Suède)
- Nightmares in red, white and blue : the evolution of the american horror
film, de Andrew Monument (Angleterre)
- Predator, de John Mc
Tiernan (Etats-Unis)
- Splice, de Vincenzo Natali
(Canada)
- Survival of the Dead, de
George Romero (Etats-Unis)
- Viande d’origine française, de Tristan Schulmann et Xavier Sayanoff (France)
Je trouve que cette sélection hors concours, est assez intéressante, même si dans l’ensemble, la qualité est plutôt
moyenne.
En effet, Dans ton Sommeil n’a pas convaincu grand monde, malgré ses qualités (réelles !), Cargo a beaucoup
ennuyé, malgré un scénario dans le vent (écologique !), Doghouse a vraiment fait sensation tellement l’humour et le 2ème degré y sont présents, Halloween 2, la grosse déception de
ce festival, culmine au raz des pâquerettes, Jeannot, je ne l’ai pas vu, Meropolia, film d’animation, n’est pas mauvais, même s’il manque singulièrement de rythme et d’originalité, Nightmares…
est un documentaire très plan-plan, le fantastique moderne pour les nuls, si l’on peut dire, Predator, très bon mais vu mille fois, Splice démarre d’une idée alléchante, et se termine dans un
déluge de violence bête et inutile, bref grosse déception, Survival of the Dead apporte une variation très western du film de zombie, assez réussie mais pas géniale par le maestro Romero, et
Viande… documentaire bien fichu, très intéressant pour comprendre pourquoi le cinéma de genre français stagne et ne trouve pas les financements nécessaires à son développement…
Bon, ce festival ne présente pas de grands films, ce n’est pas le meilleur cru de la décennie, mais il n’y a rien de
honteux dans ce que j’ai vu… disons que dans l’ensemble, ça manque de rythme. Heureusement qu’il y avait la Horde !
Critiques détaillées dans les articles qui viennent…
Pour mes critiques, je vais jouer le jeu de la notation. Cette notation se fera sur un critère « Festival de
Gérardmer » et non pas sur un critère général. En effet, si je prends la grille de mon blog ciné préféré la Pellicule Brûle, aucun des
films présentés ne dépasserait 4 toasteurs, et la plupart oscillerait entre 3 ou 4, ce qui n’est pas fameux. Je préfère affiner la note, et pour que ce soit vraiment très fin, je vais mettre 8
décimales.
Ainsi, tous les films seront notés sur 6,00000001… parce que j’ai envie !